Les réseaux en crise : Un signal d’alarme pour l’Europe

Si l’on ne tient pas compte de la leçon des Pays-Bas, pourrait coûter à l’Europe coûter à l’Europe des dizaines de milliards d’euros d’euros par an, selon M. de Boer.
La crise de congestion du réseau de transport d’électricité aux Pays-Bas est un signal clair de ce qui va se passer dans toute l’Europe. Selon Ynse de Boer, sans une action urgente, la croissance économique pourrait ralentir, les investissements dans le domaine de l’énergie pourraient stagner et les objectifs en matière de climat pourraient s’éloigner de plus en plus.
Dans toute l’Europe, les gouvernements et les entreprises s’efforcent d’adopter des énergies propres. Mais aux Pays-Bas, une crise en mouvement lent menace de bloquer ces progrès : la congestion du réseau. Si l’on n’y prend pas garde, ce problème pourrait faire dérailler la croissance économique, compromettre les objectifs climatiques et créer un dangereux précédent pour l’Europe.
La congestion du réseau survient lorsque l’infrastructure électrique ne peut pas absorber l’afflux d’énergie, en particulier celle provenant de sources renouvelables telles que l’énergie éolienne et solaire, et la fournir au moment et à l’endroit où elle est nécessaire. Aux Pays-Bas, le réseau est à pleine capacité, et des opérateurs comme TenneT et Liander estiment que les entreprises doivent attendre jusqu’à dix ans pour obtenir un raccordement ou une extension. Une étude réalisée par BCG et Ecorys évalue à 40 milliards d’euros par an les dommages causés à l’économie néerlandaise par la congestion du réseau.
Il ne s’agit pas seulement d’un problème néerlandais, mais d’un avertissement pour l’ensemble de l’Europe.
Un signe avant-coureur pour l’Europe
Alors que d’autres pays européens développent les énergies renouvelables et l’électrification, ils risquent de tomber dans le même piège : un réseau incapable de gérer l’avenir pour lequel il a été construit.
En Allemagne, la production d’énergie renouvelable a atteint des sommets, mais les limites du réseau obligent régulièrement les parcs éoliens du nord à réduire leur production parce que l’électricité ne peut pas être transportée efficacement vers les régions du sud, où la demande est forte. Rien qu’en 2023, ces contraintes ont entraîné la réduction d’environ 19 TWh d’énergie renouvelable, soit suffisamment pour alimenter plus de 5,6 millions de foyers allemands pendant un an.
La France, qui dépend traditionnellement de l’énergie nucléaire, est confrontée à un défi différent. Alors que le nucléaire offre un approvisionnement régulier, l’intégration de sources renouvelables décentralisées telles que le solaire et l’éolien nécessite un réseau plus flexible et modernisé. En l’absence d’améliorations significatives, la France risque d’être confrontée à une congestion du réseau qui pourrait bloquer sa transition vers l’énergie propre.
Au Royaume-Uni, la demande croissante liée à l’adoption des véhicules électriques (VE) et à l’électrification des habitations exerce une pression sans précédent sur le réseau. Le réseau national britannique prévoit que les pics de demande d’électricité pourraient augmenter de 50 % d’ici à 2035. Sans investissements stratégiques dans la capacité du réseau et le stockage de l’énergie, la congestion deviendra inévitable.
Ces exemples soulignent pourquoi la crise néerlandaise est un signal clair de ce qui va se passer dans toute l’Europe. Sans une action urgente, la croissance économique pourrait ralentir, les investissements dans le domaine de l’énergie pourraient s’arrêter et les objectifs en matière de climat pourraient s’éloigner de plus en plus de la réalité.

Repenser le réseau
La transition vers un système énergétique de plus en plus variable et décentralisé est au cœur de cette crise imminente de congestion du réseau.
Les parcs éoliens, les parcs solaires, les installations de batteries à grande échelle et les infrastructures de recharge des véhicules électriques interagissent avec le réseau, produisant et consommant de l’électricité propre à grande échelle. Cela accroît la variabilité et répartit la production d’électricité plus largement sur le réseau.
Cependant, une grande partie de l’infrastructure du réseau européen a été conçue pour un système énergétique centralisé, dans lequel de grandes centrales électriques – au charbon, au nucléaire ou au gaz – fournissaient régulièrement de l’électricité aux foyers et aux entreprises.
Cette infrastructure à l’ancienne a du mal à faire face à l’afflux d’énergie renouvelable intermittente injectée dans le système, en des points de plus en plus dispersés géographiquement, tels que des parcs éoliens isolés ou des installations solaires sur les toits, un peu partout sur la carte.
Il en résulte un réseau mal équipé pour transporter efficacement l’énergie du lieu où elle est produite au lieu où elle est le plus nécessaire, ce qui entraîne des déséquilibres, un gaspillage d’énergie propre et, en fin de compte, des goulets d’étranglement qui ralentissent le progrès et la croissance économique.
Bien que des investissements dans la modernisation des réseaux et des projets d’infrastructure transfrontaliers soient en cours, ils restent insuffisants pour répondre à l’augmentation rapide de la demande et à la décentralisation de l’approvisionnement en énergie.
Eurelectric estime que l’Europe devra doubler la capacité de son réseau d’ici à 2050 pour intégrer la production renouvelable variable et les actifs décentralisés. Pourtant, les niveaux d’investissement actuels sont loin d’être suffisants, avec seulement 30 cents investis dans le développement du réseau pour chaque euro dépensé dans la production d’énergie propre, alors que ce chiffre devrait être plus proche de 67 cents.
Pour éviter que la congestion des réseaux ne fasse dérailler la transition énergétique, l’Europe doit aller au-delà de la modernisation à grande échelle des réseaux et adopter des solutions énergétiques décentralisées.
Solutions décentralisées
Tout d’abord, des technologies telles que les micro-réseaux, le stockage par batterie et les systèmes derrière le compteur permettent aux entreprises et aux communautés de produire et de stocker de l’énergie localement, ce qui allège la pression exercée sur les réseaux nationaux trop sollicités.
En intégrant des sources renouvelables telles que l’énergie solaire sur les toits et en les associant à des batteries sur site, les entreprises peuvent stabiliser l’approvisionnement et accroître l’indépendance par rapport aux contraintes de l’infrastructure du réseau.
Deuxièmement, une stratégie tout aussi importante est l’adoption de logiciels intelligents pour se connecter à tous les composants du système énergétique et pour optimiser les flux d’énergie et équilibrer l’offre et la demande en temps réel.
La combinaison de ces systèmes permet de stocker l’énergie excédentaire, telle que l’excédent d’énergie solaire généré pendant la journée, et de la restituer pendant les périodes de pointe de la demande.
La plus grande chaîne de supermarchés des Pays-Bas, Albert Heijn, en est un excellent exemple. Confrontée à des contraintes de réseau dans le cadre de l’électrification de sa flotte de véhicules, elle s’est tournée vers Univers, leader mondial du marché des logiciels de gestion des nouveaux systèmes énergétiques avancés.
Pour surmonter les contraintes de son réseau et électrifier sa flotte, Albert Heijn a installé une infrastructure énergétique qui comprend la production d’électricité sur site, le stockage de batteries et la recharge des véhicules électriques. Univers a déployé sa plateforme logicielle pour intégrer les composants de l’infrastructure énergétique d’Albert Heijn et fournir un contrôle automatisé en temps réel. Connecté par l’IoT et orchestré par l’IA, le système garantit non seulement que la flotte d’Albert Heijn reste opérationnelle, mais réduit également la pression sur le réseau national.
Ces innovations permettent non seulement de maximiser l’efficacité et l’efficience de la capacité du réseau existant, mais aussi de créer des systèmes énergétiques plus souples et plus résistants, capables de répondre aux exigences d’une économie en pleine croissance et en voie d’électrification.

Une course contre la montre
Le cas des Pays-Bas montre ce qui se passe lorsque la congestion du réseau atteint son point de rupture.
Les entreprises se heurtent à des retards ou à des refus catégoriques pour les nouveaux raccordements électriques ou les extensions. Les parcs industriels ne peuvent pas électrifier leurs activités et les entreprises désireuses de développer des projets d’énergie durable sont laissées dans l’incertitude et reportent ou annulent leurs investissements.
Lorsque les entreprises n’ont pas accès à l’électricité, elles ne peuvent pas se développer. Lorsque les énergies renouvelables sont réduites, leur économie devient moins favorable et les objectifs en matière d’émissions deviennent de plus en plus difficiles à atteindre.
Pour le reste de l’Europe, il ne s’agit pas d’une question lointaine. Alors que l’adoption des énergies renouvelables s’accélère et que l’électrification progresse, les décideurs politiques, les gestionnaires de réseaux et les entreprises doivent considérer la modernisation des réseaux comme une priorité, et non comme une réflexion après coup.
Les enjeux sont importants : la congestion du réseau n’est pas seulement une question d’énergie – elle concerne la croissance économique, les progrès environnementaux et la capacité de l’Europe à mener la transition mondiale vers l’énergie propre.
Des entreprises comme Albert Heijn et Univers s’attaquent déjà à ces défis en intégrant des solutions énergétiques décentralisées qui réduisent la dépendance à l’égard des réseaux surchargés.
En tant qu’investisseur indépendant, conseiller et directeur (non) exécutif d’entreprises spécialisées dans les technologies climatiques – et ancien directeur général des services de développement durable d’Accenture – je constate de première main que des systèmes énergétiques plus intelligents sont essentiels pour que l’Europe ne stagne pas dans ses ambitions en matière d’énergie propre.
Si nous ne tenons pas compte de la leçon des Pays-Bas, le coût annuel pourrait atteindre des dizaines de milliards d’euros, un temps que ni les entreprises ni le climat ne peuvent se permettre de perdre.
Ynse de Boer est un conseiller indépendant.


